La commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté jeudi 29 octobre 2026 un amendement visant à augmenter de 20 % la rémunération des enseignants. Depuis quelques jours, le vote de cet amendement fait couler beaucoup d’encre.
Le Snec-CFTC pourrait se réjouir d’avoir été entendu concernant sa revendication de longue date sur les salaires. Cependant, cette satisfaction est de courte durée car une question se pose : comment est financée cette revalorisation conséquente pour les 850 000 enseignants concernés ? Est-ce encore une énième annonce électoraliste ?
Rappelons que cet amendement n’a été adopté qu’en commission des finances et qu’il lui reste encore un long parcours avant une éventuelle adoption définitive par les parlementaires. Son avenir demeure donc très incertain.
Hausse de 20 % des salaires : une avancée salariale sous conditions
Au-delà de l’annonce, il convient d’expliquer la méthode qui, pour le Snec-CFTC, n’est pas la bonne !
La solution retenue est pour le moins surprenante : la revalorisation salariale est gagée à hauteur de 8,3 milliards d’euros sur les 8,94 milliards d’euros du budget total du programme 139, consacré à l’enseignement privé sous contrat. Rappelons-le, celui-ci regroupe les établissements confessionnels (catholiques, juifs, musulmans et protestants), laïcs et de langues régionales. À titre de comparaison, seuls 598 millions d’euros sont gagés sur le programme 141, qui finance l’enseignement public du second degré, doté d’un budget total de 40,28 milliards d’euros.
Cherchez l’erreur !
Mais que contient réellement ce programme 139 ?
Les crédits prévus pour l’enseignement privé sous contrat en 2027 représentent environ 8,94 milliards d’euros, répartis entre plusieurs postes de dépenses, dont l’essentiel concerne à 90 % la rémunération des enseignants du premier et second degré. Les 10 % restants sont répartis entre le forfait d’externat permettant la rémunération des salariés de droit privé, la formation des enseignants, et les bourses et fonds sociaux.
Pour résumer, le financement de cette augmentation de 20 % des salaires de l’ensemble des enseignants du public et du privé, s’effectue en gageant l’essentiel de la dépense sur le programme qui finance l’enseignement privé sous contrat. Quelle drôle d’idée !
Pourquoi un tel choix ? Pourquoi ne pas avoir réparti le gage entre les différents programmes de l’enseignement scolaire, notamment les programmes 139, 140 et 141, plutôt que de faire porter la quasi-totalité de l’effort sur l’enseignement privé ? Nous sommes loin de la répartition 80 % / 20 % !
Programme 139 : quand l’enseignement privé devient la variable d’ajustement
Le député Monsieur Vannier, dans un courrier adressé au président de la Fnogec, explique que son intention n’est pas de ponctionner les crédits du programme 139 et qu’il demande au gouvernement de lever le gage.
Le Snec-CFTC comprend le raisonnement. Une question demeure cependant : si l’objectif n’est pas de réduire les crédits de l’enseignement privé, pourquoi avoir choisi de mobiliser le programme 139 pour gager cette mesure ? Demander au gouvernement de lever le gage ne garantit pas qu’il le fera. Et si celui-ci n’était pas levé, quelles seraient les conséquences pour les moyens de l’enseignement privé sous contrat et pour la rémunération des enseignants et des salariés de droit privé ?
Le Snec-CFTC refuse que les enseignants et salariés du privé fassent les frais de cette mesure. Il revendique depuis de nombreuses années une revalorisation salariale permettant de limiter le déclassement de ces 30 dernières années de tous les enseignants du public comme du privé, mais la méthode retenue n’est pas la bonne !
ll est inutile, dans le contexte sociétal actuel, d’opposer les enseignants du public et ceux du privé. Nous exerçons tous une mission de service public et partageons les mêmes préoccupations et les mêmes difficultés. Ce choix signifie également le licenciement des 100 000 salariés de droit privé qui font vivre et fonctionner nos établissements.
Refuser l’opposition public-privé : l’appel du Snec-CFTC
À l’heure où l’École craque de toutes parts, où le métier d’enseignant perd de son attractivité, où le déclassement salarial se poursuit et la souffrance au travail s’accentue d’année en année, le véritable combat est celui de la reconnaissance et de la revalorisation de tous les enseignants, pas celui de l’opposition ! La question est identique pour les salariés de droit privé des établissements privés.
Les enseignants du public comme du privé sont dans l’attente de la part de nos dirigeants, d’une véritable reconnaissance à la hauteur de leur engagement !
Revaloriser tous les enseignants, OUI. Faire de l’enseignement privé la variable d’ajustement budgétaire, NON !
Le Snec-CFTC demande au gouvernement et aux parlementaires des garanties claires et que cette mesure ne se traduise par aucune diminution des crédits du programme 139.
Fidèle à ses valeurs de solidarité, de dialogue et de justice sociale, attaché à la liberté scolaire, le Snec-CFTC restera pleinement mobilisé pour défendre les travailleurs et garantir les moyens nécessaires à l’enseignement privé sous contrat.






